Le Who’s who de Noël

Si la prise de conscience générale face au gaspillage et à l’utilisation déraisonnable de nos ressources avance, la saison des fêtes reste encore un îlot d’inconscience et de frénésie consumériste. Ces avalanches de cadeaux que l’on amoncelle sous le sapin cachent bien souvent un grand vide. Elles  sont trop régulièrement le reflet de notre instrumentalisation par l’industrie et la société de consommation. Acheter pour croire que l’on s’aime, acheter pour singer le bonheur. Pour oublier que l’on ne sait plus créer… Pourtant cette tradition venue du fond de l’histoire humaine n’était pas vide de sens à l’origine…

Que nous apprennent les historiens sur le sens de Noël ?

Dans un joli livre de la collection L’anthropologie au coin de la rue, Michel Manson, historien spécialiste des jouets, professeur à l’université Paris XIII, revient sur l’histoire du geste qui consiste à offrir des cadeaux aux enfants. De l’Antiquité à nos jours, en France et en Europe.

Sans poser directement la question du jeu dans le développement de l’enfant, il souligne la permanence du don de cadeaux à des périodes récurrentes. Jouets de bois, fruits secs, jouets artisanaux puis manufacturés les objets offerts ont suivi l’évolution des sociétés concernées. Pour les enfants comme pour les grands les cadeaux ont une histoire.

De même, les occasions d’offrir des présents aux enfants furent nombreuses et ont évolué. Saturnales de fin d’année, jour de l’an, fêtes des morts, Saint Nicolas, Noël, Epiphanie… Quant aux donateurs, parents, divinités (païennes ou chrétiennes), donateurs surnaturels (Saint Nicolas, Saint Martin, Befana, Sainte Lucie…) furent tour à tour mis en avant dans la ronde des cadeaux. Jusqu’à l’apparition au cours du XIXe siècle, aux Etats-Unis et en Europe des figures de Santa Claus et du Père Noël, qui s’imposèrent de manière presque hégémonique. Rituel et folklore, enfin, ont gardé pour partie des spécificités nationales ou locales.  Ils adoptent malgré tout des codes communs très marqués : sapin, décorations, manteau rouge, barbe blanche et bonhomie. Foisonnant ? Reprenons.

Père Noël, Saint Nicolas, Santa Claus, Sainte Lucie, Les rois mages … Vous ne vous y êtes jamais retrouvé parmi tous ces protagonistes de Noël ?

Les plus Beaux jouets du Monde font le point pour vous. Qui se cache sous la houppelande rouge du père Noël et derrière les sourcils broussailleux du père fouettard ?

  • Saint Martin (célébré le 11 novembre)

Saint Martin, né au IVe siècle de notre ère dans l’actuelle Hongrie, est connu pour avoir offert la moitié de son manteau à un pauvre, après avoir fait don de sa solde à d’autres nécessiteux. Il est fêté en Allemagne, dans le Nord de la France, en Belgique et au Pays-Bas. Monté sur son âne, il offre fruits et friandises aux enfants sages, qui à leur tour le célèbrent avec des processions et des lanternes.

  • Saint Nicolas (fêté le 6 décembre)

Né au IIIe siècle dans une ville de l’actuelle Turquie, cet évêque se pare au fil du temps de plusieurs vertus qui composent son folklore. Doué du don d’ubiquité, il sauve des soldats d’une condamnation à mort. Bon pour les plus petits, il ressuscite ainsi trois enfants mis en pièces au saloir par un boucher peu recommandable. Colérique, il n’hésite pas cependant à faire punir les coupables. (Saint Nicolas apparaîtra ainsi souvent aux côtés de son double, l’effrayant et noir père Fouettard, terreur des enfants peu obéissants). Dès le XVIe siècle, Saint Nicolas aurait ainsi apporté des jouets aux enfants dans les régions de l’est. En passant dans les airs (sur son âne) et par la cheminée.

Dans certains pays, c’est la Réforme (qui lutte contre le culte des saints et le don de cadeaux) qui conduira à la transition de la distribution de cadeaux du 6 décembre au 24 décembre.

Puis au début du XXe siècle, on observe une répartition des rôles (en Alsace notamment). Entre Saint Nicolas, qui apporte des friandises et le Père Noel, chargé des cadeaux, sa hotte remplie de jouets.

  • Sainte Lucie (célébrée le 13 décembre)

Martyre sicilienne du IIIe siècle, elle aurait fait don de tous ses biens aux pauvres, et notamment aux chrétiens persécutés. Sainte Lucie apparaît dans le folklore de plusieurs pays septentrionaux d’Europe depuis le XVIIe siècle. En Scandinavie notamment, avec la tradition de la couronne ornée de bougies portée par les jeunes filles en procession. Cela fait référence à la couronne que la Sainte aurait portée sur la tête pour éclairer son chemin dans la nuit hivernale. Mais c’est en Italie que son rôle dans la distribution de jouets ou de friandises aux enfants est le plus célébré. Elle y apparaît dans la littérature ou dans l’iconographie montée sur un âne.

Illustration de Sainte Lucie par Gerda Tiren

  • L’enfant Jésus (fêté le 25 décembre)

A partir du XVIIe siècle, dans l’Est protestant puis dans une grande partie de la France, c’est le « Petit Jésus » qui apporte des cadeaux et les dépose dans les souliers rangés au pied de l’âtre. Simone de Beauvoir, née à Paris en 1908 revient ainsi sur la tradition de Noël.  « Le familier miracle de Noël me fit réfléchir. Je trouvais incongru que le tout-puissant petit Jésus s’amûsat à descendre dans les cheminées comme un vulgaire ramoneur. Je remuai longtemps la question dans ma tête, et je finis par m’en ouvrir à mes parents qui passèrent aux aveux » (Mémoires d’une jeune fille rangée).

  • Les Rois mages (Epiphanie – 6 janvier ou 1er dimanche après le 1er janvier)

Sur le pourtour méditerranéen, dans certaines régions d’Italie ou Espagne, ce sont les Rois mages qui apportent des cadeaux. A l’occasion de l’Epiphanie.

  • La Befana (Epiphanie)

La Befana, sorcière vieille, laide, mais à la grande bonté distribue également des présents pour l’Epiphanie. Elle passe quant à elle par la cheminée. Par conséquent, pour les plus polissons des enfants, c’est un morceau de charbon qu’elle offre ! Son spectre a longtemps hanté les récits parentaux à la maison : si je n’étais pas sage, gare à la Befana… Et mes fils adorent la version moderne du père Castor. Un bien joli conte de Noël à raconter aux enfants (pas toujours) sages.

  • Santa Claus (fêté le 24 décembre)

Importé ou transporté en Amérique par les premiers immigrés européens, Saint Nicolas s’est mué en Santa Claus. Le mythe fondateur est celui d’un Sinter Klass hollandais. Figure de proue d’un navire, il apparut en rêve à un marin. Il lui demanda alors par la suite de fonder une cité sur l’île de Manhattan. Peu à peu, sous les pinceaux d’artistes, il a pris les formes (commerciales) que nous lui connaissons aujourd’hui. Muni d’une pipe et de pantalons bouffants dans un récit fondateur du XIXe siècle, il conquiert peu à peu par la littérature ses principales caractéristiques : barbe blanche, sourire débonnaire, ventre rebondi… Conformisme oblige, il arrêtera le tabac et l’alcool au profit des biscuits et du verre de lait ! Ainsi au final, Coca Cola a simplement repris et diffusé largement les images déjà présentes dans l’imaginaire américain du début du XXe siècle !

  • Le Père Noel (fêté le 24 décembre)

Santa Claus a sans nul doute inspiré certains traits du Père Noel tel que nous le voyons aujourd’hui. On trouve toutefois certaines traces d’un bonhomme Noel apparu concomitamment de son cousin américain. En Angleterre, en France, en Allemagne, ces figures modernes, Father Christmas, Weihnachtsmann éclipsent peu à peu les autres donateurs… Et le Père Noël s’est progressivement imposé au fil du XIXe siècle, fixant peu à peu les contours de la fête d’aujourd’hui. Noël est alors définitivement la fête des jouets, tout en célébrant la naissance de l’enfant Jésus. Mais le creuset culturel fait son œuvre, et aux caractéristiques chrétiennes s’ajoutent des éléments de folklore romantique ou nordique.

L’histoire du pôle nord, de la Laponie, du cercle polaire.  Ou de la maison et du village du Père Noël sis à Rovaniemi et du renne avec son traîneau qui file au milieu des sapins enneigés ou telle une étoile filante dans le ciel. Les contes des lutins annonciateurs ou artisans, travaillant dans une grotte ou de petites cabanes.. Tous font aujourd’hui partie de l’univers féerique qui entoure l’histoire de Noël.

Derrière tous ces donateurs se cache la tradition du don et du cadeau aux enfants. Chargée de sens à ses origines, elle s’est peu à peu muée en obligation et en occasion commerciale. Les multiples formes du calendrier de l’avent en sont un exemple parmi tant d’autres. Mais quelles formes prenait-elle donc à ses origines ? Qui pour distribuer les cadeaux aux plus jeunes ? Nous y revenons dans un article sur l’histoire des cadeaux aux enfants. Dans tous les cas,  bonne saint nicolas, joyeux Noël, ou joyeuses fêtes et n’oubliez pas de glisser vos paquets sous l’arbre de Noël !

Et deux ouvrages à parcourir avec vos enfants pour raconter l’histoire de ces personnages. Tous deux édités par Le Père Castor

 

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