LE petit chaperon rouge

Ogres et sorcières dans les contes, vampires et fantômes en version Halloween. Les plus Beaux jouets du Monde explorent les territoires des peurs enfantines. Trick or treats ? Quels sont les ressorts de la peur dans le développement cognitif de nos enfants ? De nombreuses questions peuvent se poser à l’approche de cette fête d’Halloween que l’on dit volontiers commerciale et américaine. Nous avons eu envie de nous pencher sur le sujet. Retour sur les contes et autres lectures d’enfants.

Quelle place pour les ogres, sorcières et princesses dans les histoires du soir ?

Les contes de fée ont bercé notre enfance, ils sont pourtant peuplés d’ogres, de dragons et de sorcières

Il était une fois les contes et les légendes. Il était une fois les méchants et les gentils.

Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours aimé les contes et on m’en a toujours raconté. Avant de connaitre le nom de Perrault, des frères Grimm ou d’Andersen, j’avais rencontré Le petit chaperon rouge, Peau d’âne, Barbe bleue, Hansel et Gretel, La petite Sirène ou Blanche neige …

Mais pour autant, je ne me souviens pas avoir eu peur en entendant puis en lisant ces récits. J’ai appris plus tard, que les versions que j’avais eues en main étaient expurgées. Qu’à l’origine, les contes étaient écrits pour les adultes, et que la version enfantine était adoucie par les conteurs. Il n’en restait pas moins que le loup mangeait la grand-mère ou que Barbe-bleue tuait ses épouses. La structure du conte restait la même et la peur était tapie derrière chaque page. Les héroïnes affrontaient le danger et leur peur à chaque instant.

Pourquoi et comment raconter les histoires qui font peur aux enfants ?

Maman poule… ou maman poule mouillée ? Quand on réécrit le conte à l’heure du coucher pour éviter cauchemars et questions embarrassantes…

Quand j’ai lu pour la première fois ces contes à mes enfants, à mon tour, j’ai euphémisé certains passages. Qui n’a pas ainsi changé la fin de la Belle au Bois dormant, ne pouvant se résoudre à expliquer que la mère du prince charmant, jalouse de sa belle-fille, tentait de tuer ses propres petits enfants… Sans parler du choc en relisant Peau d’âne. Bafouillant parfois pour trouver les mots que je trouvais plus acceptables pour des enfants de 2 et 5 ans. Héléna quant à elle m’a récemment avoué qu’elle n’avait compris qu’à l’heure de lire le conte à ses propres filles que la Petite marchande d’allumettes mourrait de froid dans la rue à la fin de l’Histoire … elle qui avait toujours cru sur l’illustration qu’elle s’envolait simplement dans les nuages..

Vous aussi vous avez modifié des contes craignant de choquer vos enfants ou de ne pas savoir répondre aux questions que la version originale de manquerait pas de leur faire poser ? Partagez et racontez-le nous en commentaires !

Et pourtant, mes fils apprécient ces récits. Ils posent des questions précises, et ne sont pas particulièrement émus lorsque la sorcière brûle dans le four d’Hansel et Gretel ou que l’ogre dévore ses filles grâce (!) au subterfuge du petit Poucet. Ils adorent les versions contemporaines des figures de l’ogre (repenti ou non). L’une de leur lecture favorite est Chttt, ou encore le Géant de Zeralda. Ils se glissent volontiers et à tour de rôle dans la peau de l’ogre poursuivant le petit enfant pour le croquer.

Mais finalement à quoi sert le méchant ? Pour faire une bonne histoire, il faut d’abord un bon méchant…

Alors, quelle est donc la fonction du géant et de l’ogre, du méchant qui fait peur dans la littérature pour enfants, dans les contes et légendes ? Taraudée par ce questionnement, je me suis replongée dans mes lectures de philo, j’ai repris les thèses de Bruno Bettelheim, parcouru les articles plus récents sur le sujet. La psychanalyse a depuis longtemps investi ce champ, mais au final, les interprétations sont légions. Que retenir alors ?

La maman que je suis a choisi de retenir la fonction didactique du méchant dans les contes. Le héros surmonte les épreuves les unes après les autres, symbole des difficultés que l’enfant va devoir affronter. S’il ne doit pas passer du côté obscur, il doit se préparer  à affronter le mensonge, la duplicité ou la peur dans sa vie d’enfant puis d’adulte. Le conte devient alors non pas un récit qui se complaît et s’attarde sur des scènes d’une cruauté malsaine. Mais plutôt un guide ou réservoir de bonnes idées pour s’en sortir dans les situations difficiles. Plus le méchant est puissant et cruel, plus l’histoire est bonne et mémorable ! Notre préféré est Katchei, le maître de Baba Yaga, découvert dans le conte musical La Princesse Grenouille.

Je dois avouer que les autres analyses plus sexualisées des contes pour enfants me semblent moins convaincantes et je ne les partagerai pas ici, car elle ne me sont d’aucune aide à l’heure du coucher et de l’histoire du soir à défaut de celle que j’ai partagé ci-dessus… Le chaperon rouge semble en particulier avoir fait l’objet de nombreuses analyses sur le rôle de la figure masculine (le loup, le chasseur) ou la sexualité naissante de la petite fille (si vous souhaitez en savoir plus, un article de Carina Coulacoglou en particulier recense ces diverses interprétations).

Le grand méchant loup dans les contes contemporains : des loups et des ogres plus attachants aujourd’hui ?

En revanche, il me semble, en comparant mes lectures d’enfants et la littérature plus contemporaine pour enfants, que la fonction de méchant à évolué. Je me base ici sur ma propre expérience, n’ayant pas mené d’étude exhaustive ou quantitative sur le sujet.

Je prendrai donc l’exemple de Gruffalo et globalement de toute l’œuvre de Julia Donaldson, pour illustrer ce qui me semble être un changement dans la représentation de ces personnages qui font peur. L’auteur anglaise reprend (ou revisite) toutes les figures traditionnelles des contes : monstre, sorcière, dragon, voire baleine… et elle inverse les valeurs en conservant à chaque fois l’une des caractéristiques fondamentales de l’archétype.

Gruffalo est parcouru par la menace de la dévoration, mais ce monstre fait rire. La petite souris, bien plus intelligente, voit sa malice récompensée. Le récit valorise l’ingéniosité, dans une version moderne de David et Goliath. La Sorcière dans les airs conserve sa laideur et son balai. Elle est sauvée de la dévoration (là encore) par ses compagnons. Sa rédemption vient récompenser la générosité dont elle avait fait preuve à l’endroit de ses compagnons de voyage. Le géant quant à lui est … élégant, tandis que la baleine permet à l’escargote de mer de faire le tour du monde. On est loin de l’implacable Moby Dick.

Dans un registre humoristique, Geoffroy de Pennart s’amuse à détourner les contes traditionnels, et en particulier la figure du loup.  Maltraité par le « petit chapeau rond rouge », il finit ses jours aux côtés de la grand-mère. Assailli par ses victimes traditionnelles ou plus généralement par les héros de contes (les trois petits cochons, les 7 chevreaux, Pierre, le Petit Poucet…) il finit par être un commensal comme un autre… Le loup ne fait plus peur, il fait rire, il est un compagnon familier de l’enfant.

Le même phénomène est à l’œuvre dans la série des Cornebidouille. La sorcière est bien laide, avec un nez bien crochu et des cheveux hirsutes. Mais Pierre, l’enfant à la répartie cinglante et au caractère désobéissant la tourne systématiquement tournée en ridicule … Héléna était au bout du rouleau en septembre car sa fille de 5 ans s’était pris de passion pour ce conte et le réclamait en boucle si bien que je la crois capable de le réciter les yeux fermés.

Les conteurs d’aujourd’hui, à notre époque bien-pensante, (un auteur pour enfant qui écrirait Peau d’âne ou le Petit Poucet aurait bien du mal à trouver un éditeur, voir pire) ne conservent souvent du méchant que son rôle catalyseur, une sorte de révélateur de talents de l’enfant… La fille d’Héléna n’a d’ailleurs pas tardé à tester le ton et les répliques du petit garçon de Cornebidouille à table !

Et vous qu’en pensez-vous ? Quels sont les contes que vos enfants ont prit en passion, les livres qui seront des pierres blanches de leur enfance ? Ceux que vous pouvez réciter par cœur ? Méchants d’hier ou méchants d’aujourd’hui qui vos enfants préfèrent-ils ?

Contes de fées

 Sources

Carina Coulacoglou, « La psychanalyse des contes de fées : les concepts de la théorie psychanalytique de bettelheim examinés experimentalement par le test des contes de fées  », Le Carnet PSY 2006/6 (n° 110), p. 31-39.

Serge Larivée, Carole Sénéchal « La psychanalyse des contes de fées, quelle histoire ! », Bulletin de psychologie 2011/4 (Numéro 514), p. 359-368.

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