Jouet made in china

La déferlante du jouet made in China

Avec quoi jouons-nous vraiment ? Qu’est-ce qui se cache véritablement derrière le made in China ou plus discrètement « fabriqué en RPC » quand il s’agit de jouets ? De quelles informations disposons-nous comme parents consommateurs ? Nous vous proposons un premier tour d’horizon des informations glanées au fil de nos lectures et de nos recherches.

En commençant à rédiger ce blog, l’un des premiers articles que j’ai eu envie d’écrire portait sur les jouets fabriqués en Chine. « Comme la plupart des objets manufacturés » ajoute doctement mon mari. Alors quoi ? Doit-on se résigner à laisser l’Empire du milieu prendre possession de nos coffres à jouets et de nos chambres d’enfants, en sus de nos entreprises et de nos vignobles ?

Inconsciemment, j’imaginais des usines hors d’âge, des ouvriers harassés par un droit du travail plus que balbutiant et des jouets plastique de mauvaise qualité et d’un design douteux.

Les jouets made in China représentent 4 jouets vendus dans le monde sur 5

Selon les statistiques les plus courantes, la Chine fabriquerait 75% à 80% des jouets vendus aujourd’hui dans le monde. Pour un total de 15 milliards d’euros. Soit 20 000 fabricants et 4 millions d’ouvriers.

Dans une interview pour le journal Le Monde, Serge Jacquemier, président de l’Association des créateurs et fabricants de jouets français (ACFJF), directeur de la marque Vulli, regrette cet état de fait lié à la course aux prix les plus bas. Les coûts de revient de la fabrication sont en effet de 30 à 40% inférieurs en Asie (par rapport à la France).

D’une autre enquête, il ressort que fabriquer une peluche en Chine coûte dix fois moins cher qu’en France.  La Chine a développé un tissu dense de fabricants et de sous-traitants. Ainsi, l’un des premiers résultats de la recherche google sur les « jouets made in China » correspond à un grossiste en jouets. Nous avons découvert de nombreux sites de grossistes chinois de jouets, qui proposent sur étagère ou sur mesure des modèles de jouets à commercialiser en France et en Europe…

Cette situation résulte du mouvement de désindustrialisation en Europe des années 90. Le déclin de la tradition française et la fin de l’aventure industrielle de certaines marques françaises jurassiennes témoignent de ce phénomène. Des fleurons du jouet français ont ainsi partiellement ou totalement quitté le territoire, de Smoby à Corolle…

En Europe, la France reste un acteur du monde du jouet, derrière la République Tchèque et l’Allemagne. Le made in France a certes le vent en poupe, mais la concurrence est encore trop rude…

Des jouets made in China : guerre du prix et  dérives associées

Le jouet made in China : une étiquette, plusieurs réalités

Si certains articles trouvés en ligne vantent l’évolution des conditions de travail dans les usines chinoises, réfutant l’accusation d’un univers digne de Zola ou Dickens. De nombreuses ONG (Greenpeace, Chinalaborwatch…) dénoncent pourtant toujours les conditions dans lesquels travaillent les ouvriers du jouet. Pour les jouets les plus répandus et low tech (poupées, peluches…) les ouvriers n’ont en effet pas besoin de qualifications très développées. En revanche, ils doivent être flexibles pour pouvoir répondre aux rythmes de la préparation de Noël notamment.

Pour cette raison, la main d’œuvre se compose de nombreux travailleurs migrants, qui viennent le temps d’une saison. Vous avez sans doute entendu parler de ces enfants livrés à eux-mêmes dans les campagnes. Ces saisonniers assurent ainsi les pics de production avant la période de Noël. Ils permettent ainsi aux géants du secteur de faire face aux imprévus d’une mode subite et parfois éphémère. Pensons aux hand spinners et autres modes de cours de récréation …

Les salaires sont bas et les conditions de travail sont parfois à la limite du soutenable. Des cadences très élevées en trois huit ou en deux douze. La province du Yiwu (sud de Shanghaï) est particulièrement concernée, connue pour sa main d’œuvre à bas coût et proche des premiers ports mondiaux.

Plus encore, des ONG ont infiltré ces usines pour dénoncer cette situation. China labor watch avec l’aide d’une organisation française s’est introduit dans 4 usines. Dans un rapport de 2014, l’ONG liste les multiples infractions à la législation en vigueur et dénonce l’exploitation des travailleurs du jouet (discriminations, heures supplémentaires excessives, indécence des conditions de vie, maltraitance psychologique et parfois physique…).

Le photographe allemand Michael Wolf a visité des usines de jouets pour enfants en Chine. Il en a tiré un projet photographique édifiant intitulé « The Real Toy Story ». Ses clichés et ses installations nous montrent comment sont fabriqués les jouets achetés par les occidentaux. Au prix d’un contrôle sévère des ouvriers. D’une vie sur place dans des dortoirs peu engageants. Une vision de l’industrie qu’on aimerait avoir sous les yeux plus souvent. Avant de se précipiter sur les items à quelques euros qui viendront s’amonceler dans les coffres et les tiroirs. Et bientôt dans les poubelles.

Quelques articles détonnent et vantent les conditions d’exercice de leur travail par les ouvriers chinois. Ils soulignent l’importance de la sieste pour les employés par exemple. Comme toujours, une réalité plus complexe lorsqu’on la regarde de près. Certains sous-traitants se conforment à des cahiers des charges plus rigoureux. De nombreux interlocuteurs européens nous ont assuré que leurs sous-traitants respectaient des normes sociales imposées dans les cahiers des charges.  Mais il est difficile en tant que consommateurs, de séparer le bon grain de l’ivraie.

Le jouet made in China : des marques occidentales qui ferment souvent les yeux

L’intensité concurrentielle sur le marché du jouet induit une pression toujours plus grande sur les coûts et par voie de conséquence sur la main d’œuvre. L’éclatement de la chaîne de valeur entre les différents acteurs rend malaisés la traçabilité et les contrôles sur les conditions de production.

Cette organisation déresponsabilise en grande partie les marques occidentales, qui ferment volontiers les yeux sur la chaîne amont. Le rapport de China Labor watch cite ainsi les grandes marques américaines concernées par la situation. Nous vous laissons le choix de jeter un œil en fin d’article.  Leurs produits phares, largement présents au pied des sapins du monde entier, sont décrits comme le fruit d’un processus dégradant et inacceptables pour les sociétés développées qui sont les nôtres. « Du sang et des larmes sur Mickey » est l’antienne reprise par les communicants pour (r)éveiller les consciences.

La réputation du jouet made in China est telle qu’aujourd’hui, la plupart des marques esquivent la question et refusent de fournir les indications précises sur les conditions de production …

Un consommateur responsable ?

Le mot est sur toutes les lèvres. Pour autant, l’ambivalence de l’expression est manifeste. Notre consommation se doit aujourd’hui d’être responsable et raisonnée. Nos choix doivent être éclairés. Autant de poncifs (que pour autant nous assumons), mais qui ne doivent pas faire oublier que nous sommes également responsables de l’état de fait que cet article déplore.

Accepter d’acheter un jouet à 10 euros, c’est fermer les yeux sur les conditions dans lesquelles il a été produit. Quelles sont alors les perspectives qui s’offrent au consommateur européen et à l’industrie ?

Le jouet made in China 2020 : une volonté affichée de monter en gamme

Au salon international de Nuremberg en 2019, le jouet made in China, c’est tout un hall. Des milliers de jouets, des centaines d’exposants. Ce sont également des marques européennes qui sont implantées en Chine ou qui songent à faire produire en Chine.

Car la force du jouet made in China c’est bien sûr la compétitivité prix. Mais c’est aussi une capacité éprouvée à faire du me too. L’industrie chinoise du jouet commence à développer un savoir-faire en matière de design. Ainsi, à la plupart des jouets européens correspond un jouet plus low cost designé et made in China. C’est la course effrénée à l’innovation, aux catalogues de nouveautés qui déferlent à Noël. Comme s’il n’existait plus de jouets intemporels.

Mais les industriels chinois ne s’arrêtent pas là. Ils sont sans cesse à l’affût de talents venus de l’étranger et cherchent à monter en compétences sur des techniques et des savoir-faire plus pointus. Yara Bibabo, créatrice russe de marionnettes en feutre installée en Finlande dont nous avons parlé il y a quelques mois, a été approchée pour former des salariés chinois au travail de la laine feutrée. Quant à nous,  nous avons été déjà démarchées via Linkedin pour faire produire nos propres jouets !

Cela témoigne d’une évolution et d’une ambition manifeste de suivre toutes les tendances. L’enjeu est de monter en gamme, de proposer des jouets plus haut de gamme et de produire des jouets qui satisfassent une demande européenne de plus en plus exigeante. Le travail du bois fait l’objet d’une stratégie assez aboutie. Il s’agit de travailler des machines-outils capables de travailler des pièces de taille très réduite. Et ce afin de pouvoir proposer des jouets 100% bois. Comprendre sans les petites pièces de finition en plastique. Les entreprises chinoises se lancent dans la course aux labels qualité et environnementaux.

Parce que la Chine a compris que le consommateur européen se réveille, et qu’il veut devenir plus responsable, elle est en train de prendre le tournant du « green ». Aujourd’hui, si l’on cherche un jouet écologique, il est souvent fabriqué… en Chine.

Certaines marques, y compris celles que nous respectons beaucoup ou que nous distribuons / avons envie de distribuer s’interrogent ainsi quant à l’opportunité de transférer une partie de leur production en Chine. Toujours pour des raisons de coût…

Nous avons donc en projet un article sur les labels, pour savoir ce qui se cache derrière. Existe-t-il des jouets made in China et green ?

L'invasion des jouets chinois

PS : la photographie que nous avons choisie pour illustrer cet article est le travail d’un artiste que nous avons découvert cet hiver au centre d’art contemporaine DOX de Prague en République tchèque. Nous n’avons malheureusement pas noté ni retrouvé son nom. Si vous le connaissez, merci de nous le faire connaître. Car nous aimerions en découvrir plus.

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