Yara bibabo - article marionettes feutre

A la rencontre d’une artiste qui travaille la laine et donne vie à des marionnettes qui nous enchantent

Ayant la chance de parler un peu russe, nous pouvons découvrir et suivre des créateurs qui n’écrivent qu’en cyrillique sur leurs sites et réseaux sociaux.

Yara Bibabo, on vous en avait parlé dans la newsletter de décembre. Elle fait partie de ces découvertes, de ces créatrices dont on se dit qu’elles ont un don exceptionnel.

On pense alors qu’elle est probablement très sollicitée et sera difficile à contacter … Eh bien non ! Yara, de son vrai nom Yaroslava est bien une star qui manie la laine feutrée comme bien peu d’artistes savent le faire. Mais c’est aussi, comme souvent les créateurs de jouets, une personne incroyablement avide de partage. Elle nous a consacré une interview par téléphone pendant au moins 45 minutes …  les deux pieds dans la neige ! Bref, une rencontre rare et des marionnettes irrésistibles !

La naissance d’une artiste créatrice de marionnettes

Aujourd’hui Yarosalava crée des marionnettes pour des crèches et quelques rares clients particuliers fascinées par son savoir-faire. Mais il y a dix ans, Yara avait une toute autre vie. Il y a dix ans, Yara ne vivait pas à Helsinki, mais à St Pétersbourg. Elle était photographe pour National Geographic. Elle voyageait beaucoup pour son travail.

Aucune activité manuelle donc et aucun lien particulier avec la laine. Alors, d’où est venu son talent et son goût pour les jouets ?

Comme beaucoup de russes, Yara a été fortement marquée dans son enfance par l’univers soviétique dans lequel elle a été élevée. Chez elle, on gardait tout, on ne jetait rien. Le moindre morceau de bois ou de tissus était un bien précieux. Recyclage, récup et re-use, autant de notions et de pratiques qui n’avaient aucun secret pour les enfants russes. L’upcycling n’a rien de nouveau ! A l’époque, si l’on voulait jouer, il fallait fabriquer soi-même ses propres jouets…

Certains se désolaient de cet état de fait, mais nombre d’enfants slaves ont ainsi développé des talents manuels et une ingéniosité créative hors norme. Sans compter l’imagination nécessaire pour passer outre les formes, les matières et les couleurs loufoques des rares jouets qu’ils possédaient… Yara se rappelle ainsi avoir longtemps conservé une sorte de peluche de singe rouge en plastique au lieu du traditionnel marron … parce qu’il n’y avait pas de plastique marron à l’époque.

Par ailleurs, par son métier et sa formation, Yara est une vraie écolo avant l’heure. Fabriquer son pain, faire pousser sa levure, être attentive à la nature et à ses trésors, aux créatures des sous-bois russes sont des traits profondément ancrés dans sa personnalité.

Une rencontre décisive

Mais c’est la rencontre, sur Internet, avec le travail de l’artiste américaine Stephanie Metz qui a été un véritable électrochoc. Cette artiste américaine travaille la laine blanche feutrée pour créer des sculptures de grande taille de forme organiques extrêmement puissantes et originales. Voyez vous-même ! Yara demeure frappée que ce soit une américaine de Californie qui ait ainsi été capable de renouveler totalement le traitement de cette matière si archaïque. Tandis que les russes en étaient restés aux bottes de feutre traditionnelles, les valienki… fort utiles sous leur climat mais, il faut bien l’avouer, d’une esthétique peu exportable !

La frénésie des débuts et la naissance des premières marionnettes en laine

Ça a été un véritable électrochoc et sa vie a changé du jour au lendemain. Fébrile, Yara a couru s’acheter un aiguille à feutrer et de la laine. A partir de tutoriels sommaires trouvés sur internet, elle a fabriqué un premier oiseau très maladroit. Littéralement incapable de dormir, elle s’est mise à chercher partout des artisans versés dans cette technique.

Cela n’a pas été facile alors.  Car tous les créateurs actuels ont commencé à cette même époque, et peu de spécialistes émergeaient. D’autant que Yaroslava a rapidement eu la conviction qu’elle voulait réaliser de vrais objets en trois dimensions. Ne pas se cantonner à de simples petits bijoux ou décorations destinées à prendre la poussière sur des étagères.

Or, la technique de la laine feutrée creuse et en volume est tout à fait particulière. Elle est relativement difficile à maîtriser.

Pourtant, à force de recherches, Yara est parvenue à contacter une créatrice pétersbourgeoise qui semblait savoir un peu travailler la laine. Comme souvent les artisans russes, la porte a tout de suite été ouverte pour Yara. Elles ont passé ensemble 48 heures intenses. Rapidement, l’idée lui est venue de fabriquer des animaux des bois en marionnettes pour que des créations ludiques et utilitaires. Le premier renard est né en souvenir des marionnettes sommaires que Yara modelait enfant.

Un raton laveur à suivi. Puis elle ne s’est plus jamais arrêtée. Petit à petit, hérissons, renards, et autres ravissantes petites bêtes des sous-bois ont vu le jour.

Se réinventer toujours et avancer dans sa technique de création de marionnettes

Au fil des années, cette activité est devenue la nouvelle vie de Yara. Sa notoriété dans l’Europe de l’Est et les pays slaves a été croissant. Désormais ses workshops se remplissent en quelques heures, où qu’elle aille. Elle nous a dit combien elle se sentait sereine désormais de savoir qu’elle vivait du travail de ses mains. Qu’elle était capable de subvenir à ses besoins en toute autonomie. Ne plus dépendre d’un salaire, rencontrer de nouvelles personnes, partager autour d’une technique ancestrale et la renouveler… voici ce qui la fait avancer. « Quand je réalise ces animaux, c’est comme si l’adulte que je suis aujourd’hui prenait soin de son enfant intérieur. Le stress est totalement absent. Je continue de me former en investissant chaque année pour participer à des workshops sur des techniques toujours plus complexes. Je veux continuer de progresser »

Yara donne régulièrement des cours dans des instituts de formation pour adultes subventionnés par le gouvernement finlandais. Elle voyage beaucoup. Elle prend en charge un nombre limité de grandes commandes pour des institutions qui travaillent avec des enfants. Sa matière première, de la laine mérinos cardée de la meilleure qualité vient d’Allemagne de la fabrique de Wollknoll. Elle réalise les teintures elle-même la plupart du temps. Avec les produits les moins toxiques possible. Pour obtenir les tons exacts qu’elle désire. Son art est si avancé et remarqué qu’elle a même été contactée, à son grand amusement, par des fabricants de jouets chinois qui voulaient qu’elle leur apprenne et transmette sa technique ! Mais pas de ça dans les plans de Yaroslava. Désormais elle se concentre sur des productions uniques de marionnettes élaborées pour collectionneurs avertis.

Voilà vous savez tout ou presque sur cette créatrice venue du froid ! N’hésitez pas à nous contacter si ses productions vous enchantent.

Personnellement, on va rapidement se laisser tenter par une petite marionnette de grenouille … Et vous ? Ah et au fait, Bibabo quel nom étrange … c’est tout simplement un mot en russe qui signifie marionnette à main !

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