Une créatrice de poésie : les matriochkas de Tatiana Dubinich

Rencontre avec une créatrice russe d’exception : des matriochkas qui racontent une histoire. Les matriochkas… tout le monde connaît ce petit souvenir bon marché ramené de Russie. Il est également parfois relooké dans des versions plus design dans nos contrées et récupéré par le marketing. Lorsque je vivais en Russie, ces petites figurines de bois vernis faisaient partie du paysage avec une densité croissante au fur et à mesure que l’on se rapprochait de la Place Rouge.

Mais un jour, je suis tellement « tombée en amour » devant une série de matriochkas, si douces, aux visages si amicaux, aux couleurs si subtiles et délicates, que j’ai acheté tout l’étal ! Elles sortaient véritablement du lot et cassaient les codes rouge, bleu et or ordinaires. Suite à ce coup de cœur, tous nos amis ont reçu ces petites matriochkas en guise de cadeaux de naissance pendant plusieurs années !

Mais je voulais en savoir plus et découvrir cet artiste qui m’avait tant touchée par sa production si originale dans la marée des matriochkas ordinaires. C’est ainsi que j’ai rencontré : Tatiana Dubinich, une femme et une artiste exceptionnelle. Notre trépidante correspondante sur place, Marie-Charlotte, a eu la gentillesse de partir en week-end à Sergueiv Possad à une heure et demie au Nord-Est de Moscou pour la rencontrer de notre part.

Aujourd’hui Les plus Beaux jouets du Monde vous emmènent en voyage … suivez le guide !

Sergueiv Possad, un centre d’artisanat pittoresque et dynamique à l’ombre des coupoles dorées de la Laure de la Trinité Saint-Serge

Nombre de russes connaissent cette ville, car Sergueiv Possad – ancienne Zagorsk – est, depuis le quatorzième siècle un centre religieux orthodoxe historique. Cette sorte de ville sainte orthodoxe a fait l’objet de rénovations ambitieuses récentes et redevient un lieu de tourisme important sur les traces du Saint Patron de la Russie : Saint Serge de Radonège. Pourtant, dans les faubourg de cette petite ville, l’agitation touristique se clairsème et l’on découvre les ateliers d’artistes. Tous spécialisés, dans ce qui a contribué également à la renommée et au charme de cette ville : les jouets en bois. Vous comprenez pourquoi pour Les plus Beaux jouets du Monde, cet endroit est véritablement proche du paradis … pour les enfants !

Mais laissons la parole à Tatiana qui a reçu Marie-Charlotte dans son atelier :

Vos matriochkas sont très douces et poétiques, d’où vous vient votre inspiration ?

Oh ! Merci ! Avant de vous répondre, je voudrais vous présenter l’une de mes matriochkas. Elle représente une famille : le grand-père, la grand-mère… et chaque poupée a beaucoup de détails et raconte une histoire. Pour chaque poupée que je peins, il y a un thème : cuisine, musique, une saison… Et j’aime l’idée de découvrir une surprise dans chaque poupée. Tout le monde aime les surprises !

Et pour vous répondre, je dirais tout simplement que mon inspiration vient des meilleurs moments de ma vie : mon enfance mais aussi mes propres enfants.

Et combien avez-vous d’enfants ? Peut-être des petits-enfants ?

J’ai deux enfants, déjà adultes ! Ils ont 20 et 25 ans. Mais je n’ai pas encore la joie d’être grand-mère.

Quelle est l’origine de ces poupées gigognes connues dans le monde entier ?

Les premières matriochkas sont apparues en Russie à la fin du 19ème siècle : une artiste de Moscou a eu cette idée et a peint la 1ère matriochka en 1890. Elle avait voyagé au Japon et se serait inspirée d’un type de poupées japonaises gigognes également, mais dont l’ouverture se faisait par le socle.  Elle a ensuite imaginé son propre modèle, l’a réalisé, puis le projet de créer de tels jouets a été un peu oublié. Puis au début du 20ème siècle, lors de l’exposition universelle à Paris, le projet ressort et la matriochka remporte une médaille d’argent.

La première matriochka a donc été réalisée à Moscou, puis la fabrication des suivantes s’est faite à Serguiev Possad.

Parlez-nous de votre travail : combien de temps mettez-vous pour fabriquer une matriochka ?

Il m’est vraiment impossible de répondre à cette question. Parfois j’en commence plusieurs en même temps, je peux aller très vite pour l’une comme très lentement pour l’autre, cela dépend de trop de choses…

Quelles techniques employez-vous ? Qu’est-ce qui est le plus difficile à réaliser ?

On part de la matriochka en bois brut. Souvent du tilleul. Je dessine au crayon à papier les motifs, le visage… Sur certains modèles, j’utilise le fer à pyrograver, sur d’autres, je peins les contours.

Ensuite, je passe à la peinture : j’aime utiliser l’aquarelle. À travers cette peinture, on aperçoit encore les nervures du bois. L’aquarelle apporte aussi beaucoup de douceur. J’utilise également la gouache pour certains motifs (tout ce qui est blanc par exemple). Puis je termine par une couche de vernis.

Je ne dirais pas vraiment qu’il y a une étape difficile. Le plus difficile est peut-être de trouver des idées… Ensuite, j’aime peindre et ça ne me parait pas difficile.

D’où venez-vous ? Qui sont vos mentors ? Comment avez-vous appris ce métier ?

Je suis née et ai toujours vécu ici, à Serguiev Possad. J’ai commencé l’école de peinture à l’âge de 11 ans et ai peint ma 1ère matriochka à 13 ans. J’ai étudié à l’école de peinture de 11 ans à 15 ans. Je suis ensuite entrée à l’université de pédagogie de Moscou pour devenir professeur. Et je suis diplômée de Serguiev Possad.

Je ne peux pas vraiment dire que j’ai eu un mentor. J’ai eu plusieurs professeurs, mais pas un mentor en particulier.

Combien de temps vous a-t-il fallu pour mettre au point vos modèles ? Depuis quand peignez-vous ces magnifiques poupées ?

Oh… je dirais que j’ai mis toute ma vie pour mettre au point mes matriochkas ! C’est une réflexion de chaque moment… Mais c’est en 2000 que j’ai peint ma 1ère matriochka qui ressemble aux actuelles.

Qui sont vos clients ? Où peut-on trouver vos matriochkas ?

Mes clients sont tous des gens très agréables ! Je vais vous raconter une anecdote que j’aime bien. Il y a 5 ans environ, je participais un jour à un marché à Moscou, à l’occasion de l’anniversaire de la ville, en septembre. Un homme en uniforme s’approche, très sérieux, très imposant et regarde sur mon stand les nevaliachkas (NDLR : poupées culbutos que peint aussi Tatiana, sur le même modèle que ses matriochkas).

Mon mari me chuchote qu’il s’agit d’un général au vu de toutes ses décorations… Un homme important donc ! Et là, je vois dans son regard une petite étincelle, un regard d’enfant, lorsqu’il se met discrètement à faire bouger la nevaliachka et que le tintement se fait entendre.

Je peux donc dire que mes clients sont des gens qui savent retrouver leur âme d’enfant…

Quels sont vos prochains projets ?

J’aime beaucoup la période de Noël / Nouvel an (NDLR : en Russie, la nouvel an « Novi God » est bien plus célébré que Noël : c’est lors de cette fête que l’on décore le sapin et que le « Ded Moroz », le père Noël, apporte des cadeaux !). Pour Noël dernier, j’ai peint quelques boules de Noël à accrocher au sapin et cela a beaucoup plu. Je souhaite donc en refaire cette année. J’aimerais également faire des sapins en bois, des boîtes, des pères Noël…
Même si j’ai toujours l’impression de manquer de temps…!

Donnez-nous envie de découvrir d’autres artistes de Serguiev Possad

J’aime beaucoup l’artiste Natalia Voronina, que j’ai déjà rencontrée et qui peint également des matriochkas.

Parlez-nous du rapport des russes avec leurs enfants. Comment les russes voient-ils les matriochkas que vous fabriquez ?

Les petits enfants russes ont-ils tous des matriochkas ? Quels sont pour vous les jouets russes traditionnels incontournables ? Les parents russes ont tous leur façon différente d’éduquer leurs enfants… Mais je dirais que la place de l’enfant est très importante dans la famille. Les parents leur accordent la plus grande importance et veulent le meilleur pour leurs enfants. Les parents, maintenant, aiment acheter des matriochkas à leurs enfants. Jusqu’en 2005 environ, la matriochka était achetée comme un souvenir uniquement, mais on n’en vendait quasiment pas comme jouet ou décoration.  Mais depuis 2005, cela a changé, les parents en offrent à leurs enfants, les grands-mères (les plus jeunes) à leurs petits-enfants… Celles-ci aiment tout particulièrement les poupées qui représentent une famille.

Je ne pense pas que tous les petits enfants russes aient leur matriochka, pas encore…! Mais c’est un jeu très populaire car sur le plan pédagogique, il est très complet : il développe la dextérité, mais aussi l’imagination avec les détails représentés… il peut apprendre les couleurs, les tailles…

En dehors des matriochkas, les jeux de Bogorodskoe sont assez populaires pour les plus petits. Les sifflets en terre représentant des animaux sont aussi assez appréciés. Mais les jouets de Kirov par exemple sont plus un objet de décoration qu’un jouet.

Vos matriochkas sont-elles des jouets, des œuvres d’art ou de l’artisanat ? Comment les russes vous voient-ils ?

Je dirais… les 3 à la fois !  Au début, j’aurais plus répondu des jouets, mais en avançant, en ayant un peu de notoriété… je dirais aussi des œuvres d’art. Et bien sûr, un savoir-faire donc de l’artisanat !

Vous aussi vous aimez l’univers de Tatiana et avez apprécié la découverte de son travail ? Les plus Beaux jouets du Monde font venir des modèles uniques

Enfin, si vous avez aimé cet article et souhaitez poursuivre avec nous l’exploration des jouets dans le monde et notamment la visite de fabriques traditionnelles de jouets vintage soviétiques n’hésitez pas à nous le faire savoir et également à partager avec nous vos découvertes dans les commentaires ! A très bientôt donc sur Les plus Beaux jouets du Monde !

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